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学术交流

汪丽娟:族群差异,户口差异与学校教育(L'école chinoise à travers les statistiques)

publish time:2016-10-20 10:53| view by:1828 | publisher:root

摘要:随着时代的变迁,中国的户籍和民族所承载的内容日益复杂。单纯使用这两个变量进行社会学和教育学分析已经不能准确地反映社会事实的复杂性。同时,中国严格以户籍和民族作为指标的统计数据之不完备性也为研究工作带来挑战。鉴于此,本研究依托凉山州四所中学问卷调查的数据,从社会学家庭经济收入、父亲职业、学校类型等多个维度与民族属性和户口类型结合分析凉山州中学教育存在的问题。

(文章来源:《Recherches en éducation》 N°27 - Octobre 2016)


Résumé:De son passé, la Chine a hérité des catégories statistiques fondées sur l’ethnicité (Han/shaoshu minzu ou minorités) et la résidence (système du hukou). Nous étudions ici les difficultés engendrées par cette catégorisation, en particulier dans le domaine scolaire. L’essentialisation de catégories aux fondements scientifiques incertains parce qu’issues de la pratique ordinaire ainsi que l’absence d’homogénéité des modes de classement utilisés posent aujourd’hui problème et font l’objet d’un recul critique de la part de sociologues chinois à la recherche de nouvelles formes de classement plus adéquates pour saisir la réalité de la Chine contemporaine (Rocca, 2008). Dans cette voie, la difficulté d’accéder à des sources statistiques complètes ou pertinentes nous a amenéeà recourir dans notre enquête, effectuée dans quatre lycées de la  ville de Xichang, capitale de la Préfecture des Yi de Liangshan au Sichuan, à un mode de classement plus sociologique que politique qui permet d’appréhender la complexité de la réalité scolaire de ce pays, au-delà des catégories de la pratique politique ordinaire (appartenance à une  minorité et statut résidentiel).


Non seulement les chiffres nous gouvernent, mais encore ils montrent comment le monde est gouverné ?. Cette formule de Goethe nous rappelle à quel point le dénombrement d’une population exprime moins une réalité en soi que l’intérêt poursuivi par celles et ceux, institutions étatiques, chercheurs, qui en sont les instigateurs. En ce qui concerne la Chine, ? très loin dans l’histoire, l’Empire du Milieu a eu conscience de la nécessité et de l’utilité de dénombrer. Populationniste, comme tous les régimes de l’époque, le régime chinois souhaitait conna?tre avec exactitude le nombre des habitants, afin de pouvoir les répartir sur tout le territoire, de distribuer les terres ou d’établir des r?les d’imp?ts, de corvées ou de conscription militaire. On cite ainsi le recensement des terres et des gens ordonné dès 2238 av. J.-C par l’empereur Yu ou Yao, après une grande inondation ? (Hecht, 1976, p.25). Dénombrer permet de classer. à cet égard, Pierre-Jean Simon (2006) propose de ? distinguer quatre grands modes de classement, quatre modes principaux selon lesquels s’opèrent les processus de la différenciation et de la hiérarchisation sociale : 1° selon l’age ; 2° selon le sexe ; 3° selon l’origine et l’appartenance ethnique, raciale ou nationale ; 4° selon la place ou la fonction dans le processus de production. ? (Simon, p.120). Nous nous intéresserons ici aux deux derniers en y articulant la variable résidentielle. Schématiquement, outre l’age et le sexe, les Chinois sont catégorisés par les instances administratives selon deux axes qui s’articulent l’un à l’autre : l’appartenance ethniqueet le statut résidentiel, le hukou, qui en fait des ruraux ou des urbains. On distinguera ainsi Yi urbains, Yi ruraux, Han urbains, Han ruraux.


Bien des siècles après les dénombrements impériaux, l’entreprise impulsée par Mao dans les années 50 consistant à pratiquer la classification ethnique de la population chinoise s’inscrit dans cette logique. De même, ? le hukou, créé en 1951 pour les villes, en 1955 pour les campagnes, selon le modèle de la “propiska” (passeport intérieur soviétique, se situe dans la continuité d’une tradition ancienne de l’Empire chinois de volonté de contr?le des mouvements de population. [Il] indique le lieu de résidence officiel d’une personne, classée rurale ou urbaine ? (Boquet, 2009).


Après avoir examiné le double héritage que constituent ces deux types de dénombrement et de classement en Chine, nous en préciserons l’impact dans le domaine éducatif ainsi que les évolutions en cours aujourd’hui. Instruments du contr?le social et politique, ces modes de dénombrement permettent aussi bien d’instituer une hiérarchie discriminante, comme cela a été le cas en Afrique du Sud sous l’apartheid, que de mesurer des inégalités en vue de les combattre. Placé sous le feu de la critique quant aux effets sociaux qui y sont associés, le double héritage chinois est probablement appelé à laisser place au mode de catégorisation inspiré de la sociologie ? occidentale ? à laquelle se réfèrent de plus en plus les chercheurs chinois, notamment sur la question des ? couches moyennes ?. Grace aux statistiques accessibles, nous aborderons l’examen des inégalités scolaires telles qu’elles apparaissent à travers cette double catégorisation qui tient lieu de substitut à un mode de classement moins sujet à caution.


1.   Traduction statistique dans le champ scolaire  de la prégnance de la question des minorités  dans l’histoire politique et sociale de la Chine


Depuis des temps immémoriaux, de nombreux peuples vivaient sur le territoire de la Chine actuelle, comme le montre par exemple Wolfram Eberhard (1942, p.412-419). Parallèlement, l'organisation étatique y est apparue très t?t. Selon June Teufel Dreyer (1976, p.7), ? la fondation de la dynastie Qin (221-206 av. J.-C.), avec son unification des états chinois Han et l'absorption des états non-Han, pourrait être considérée comme le début de l'évolution de l'état chinois vers sa forme moderne. ? June Teufel Dreyer défend la thèse selon laquelle, dès la formation de l'état chinois pré-moderne, le principe de l'unification l’emporte sur l'appartenance ? ethnique ? de ceux qui sont au pouvoir. La distinction ? Han ?/? non-Han ? dès l’époque impériale est donc structurante pour saisir le sens de l’histoire politique chinoise. Elle relève d’une approche ? civilisationnelle ? et ? culturelle ? et non d’une approche ? raciale ? car, selon le point de vue partagé par la plupart des historiens ayant étudié les textes les plus anciens datant de la période du ? Printemps et de l’Automne ? ((chunqiu shidai, 770-476 av. J.-C.), elle permet de distinguer les civilisés (xia) des barbares (yi). Comme le souligne le sinologue d’origine indienne Prasenjit Duara (1995), ? à travers un processus d'éducation et d'imitation, les barbares peuvent également devenir partie intégrante de la communauté en partageant les valeurs communes et se distinguer des autres barbares ne partageant pas encore ces valeurs ?.

L’apparition de la notion de minzu en Chine a lieu à la fin du XIXe siècle. Bien que ce terme soit utilisé parfois pour désigner les minorités ou ? petites patries ?, ces dernières correspondant plus précisément à shaoshu minzu, ? minzu ? signifie plus précisément l’unité de la nation chinoise dans sa diversité, ainsi que le propose Liang Qichao (2009)en distinguant grande et petite nation, grand et petit nationalismes (daminzu zhuyi et xiaominzu zhuyi). Le premier, fondement de la nation chinoise (zhonghua minzu), associant Han et autres groupes ethniques face à l’étranger et le second désignant l’attachement particulier à tel ou tel groupe ethnique. La question de l’unité de la diversité traverse toute l’histoire de la Chine. Avant même son arrivée au pouvoir en 1949, le Parti communiste en débat dès les années 20 et sa position évolue, passant de la reconnaissance du droit à l’autodétermination à accorder aux minorités à une conception opposée présentée en 1949 par le gouvernement : ? Quant à la question sur le droit à l'autodétermination des shaoshu minzu, il ne faut plus insister là-dessus. Il était correct de mettre l'accent sur ce slogan au moment de la guerre civile pour lutter contre le parti nationaliste (guomindang). Mais dans la perspective de l'unification de notre pays après la fondation de la RPC, et de la lutte contre le complot portant atteinte à la cohésion des minzu en Chine mené par des impérialistes et leurs serviteurs, nous ne devrons plus parler d'autodétermination mais nous devrons insister sur la coopération et la cohésion de tous les minzu de la Chine. ? (p.3-4).

L’intérêt porté aux groupes minoritaires par le pouvoir politique chinois tout au long de l’histoire du pays a surtout été l’expression de la volonté d’assurer l’unité d’une mosa?que après l’écroulement de l’Empire en 1911 et le projet de fonder un état-nation. Cet intérêt qui ne faiblit pas aujourd’hui, alors que les revendications séparatistes s’affirment au sein de certaines minorités fortement cohésives et territorialisées redoutant un processus de colonisation de la part de la majorité Han, s’exprime à travers l’importance que prend la variable ? minorité ? dans les statistiques officielles, scolaires ou non. Pour une bonne part, cette importance tient aussi à l’absence de catégorisation en termes de rapports de classes. Dès lors, les minorités, qui occupent une position sociale et économique le plus souvent défavorisée et associée au sous-développement par rapport à la majorité Han, apparaissent comme les substituts de classes sociales dominées dont le concept même fait l’objet d’un déni au nom de l’orthodoxie communiste.


Cette approche mérite cependant examen dans la mesure où les données publiées permettent d’écarter la représentation de minorités subsumées sous un concept unique, ? l’idée générale ? de Bachelard, et par là d’en faire une réalité du monde naturel, indifférenciée, comme y invitent toutes les théories essentialistes de l’ethnicité. Alors qu’elles sont considérées souvent comme des entités abstraites relevant d’une essence univoque et distincte de la majorité Han jouissant d’une position particulière, les minorités sont en réalité d’une grande diversité quant au niveau d’instruction de leurs populations respectives. Alors que bon nombre d’entre elles n’atteignent pas celui des Han, d’autres les surpassent quant à la proportion de leur population ayant fréquenté l’école et ayant accompli la scolarité obligatoire ou la scolarité post-obligatoire. Il s’agit le plus souvent de minorités très minoritaires en nombre (voir tableau 1 en annexe).


Pour être équitable, l’usage des statistiques ethniques en vue d’orienter une politique de ? discrimination positive ?, doit donc être en mesure d’épouser les contours de la diversité inter et intra minzu et de s’y adapter. Une telle hétérogénéité est officiellement attestée par une autre construction sociale réalisée par les responsables politiques il y a plusieurs décennies : le hukou


2.      La discrimination sociale par le hukou, second héritage historique

 Une des caractéristiques principales de la statistique chinoise dans le classement de la population est celle de la distinction entre citadins et ruraux, distinction instaurant une hiérarchie puisque, selon le proverbe chinois, ? les gens aiment mieux un lit dans une ville qu’une pièce à la campagne ?. Isabelle Thireau et Hua Linshan (2004) ont indiqué le r?le essentiel du hukou (système d’enregistrement du foyer) institué à partir des années 1958. Selon ces auteurs, le hukou opère une distinction entre ruraux et citadins qui est ? en réalité, associée à des directives économiques et sociales qui confèrent aux seconds un certain nombre d'avantages, elle introduit une hiérarchie entre les deux catégories. De plus, elle tisse entre leurs membres respectifs et l'état des liens fort différents puisque ce dernier est responsable de la protection particulière dont bénéficient les citadins. Le type de hukou possédé reflète donc un espace d'appartenance mais aussi la nature de la relation établie avec l'état ?. Selon Chloé Froissart (2008), ce système ? a créé une division durable entre les villes et les campagnes et donné naissance à un système de statuts en contravention avec la Constitution chinoise qui stipule l’égalité des citoyens devant la loi. Son maintien en dépit de la réintroduction du marché explique la formation d’une nouvelle catégorie sociale : les travailleurs migrants qui représentent une réserve de main-d’oeuvre qui tire la croissance chinoise ?. L’injustice du système de résidence est bien connue aujourd’hui mais, en dépit de certains assouplissements des mesures les plus brutales telles que le regroupement des ruraux migrants en camps et le retour brutal dans les campagnes, son principe est maintenu avec une efficacité contestable sur les flux migratoires.


Rempart destiné à protéger les villes de l’exode rural massif et à assurer la stabilité résidentielle villes-campagnes pour anticiper les effets désastreux de flux migratoires échappant à tout contr?le parce qu’ingérables sur le plan social et économique, le hukou a instauré de facto une véritable division sociale par la mise en place d’un système radicalement inégalitaire dans un pays officiellement sans classes sociales et en contradiction avec la Constitution chinoise garantissant l’égalité entre tous les citoyens. Cette division, qui prend le visage de la discrimination positive pour les uns et négative pour les autres, est d’ailleurs plus complexe qu’il n’y para?t dans la mesure où chacune des composantes de la société duale est elle-même constituée de deux populations. Les migrants ruraux à la recherche d’un emploi en ville, conservant leur statut, se distinguent des ruraux restés dans les campagnes et, symétriquement, les urbains appelés à séjourner en campagne ne perdent pas leurs privilèges. Les statistiques officielles, quant à elles, ne poussent pas le souci du détail à ce point car, si elles permettent de distinguer ruraux et urbains parmi les membres des shaoshu minzu, elles ne permettent pas de distinguer parmi les ruraux les mingong (ouvriers-paysans) des ruraux vivant à la campagne (? vrais ? ruraux). En dépit de cette insuffisance, le tableau 2 de l’annexe permet d’appréhender l’hétérogénéité des Han et des minzu quant aux proportions respectives d’urbains et de ruraux dans chacun des groupes.


Pas plus que l’? appartenance ? à tel ou tel minzu ne saurait suffire pour une comparaison globale avec les Han, la détention ou non de tel ou tel type de hukou ne saurait tenir lieu de catégorisation sociale et sociologique en Chine aujourd’hui. De manière assez approximative, elle signale simplement une ligne de partage entre deux populations dont l’une occupe une position plus privilégiée par rapport à l’autre. Dans ces conditions, les catégories statistiques utilisées jusqu’alors sont insuffisantes pour saisir la complexité de la société chinoise en général, de la situation scolaire en particulier.


Tournons-nous maintenant vers l’école. Lors d’une recherche concernant la Préfecture des Yi de Liangshan au Sichuan, nous avons relevé, parmi d’autres indicateurs, le taux d’érosion scolaire d’un cycle à l’autre. Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une analyse de cohorte, les données statistiques de cette Préfecture permettent d’établir que la part des élèves shaoshu minzu ruraux par rapport à leur population totale (ruraux + urbains) diminue lorsque l’on passe du cycle primaire (93,9%), au collège (89,9%) puis au lycée (68%). Alors que, corrélativement, la population scolaire urbaine des minorités passe de 6,1 à 10,1 et 32%. Ce qui atteste une meilleure résistance des urbains à l’érosion scolaire de leur effectif. Toutefois, nous l’avons vu, aucune donnée ne permet de faire la part des mingong et des vrais ruraux.



3.      De l’héritage de la catégorisation ethnique et résidentielle à la catégorisation sociologique


Profils sociologiques des établissements


Devant les insuffisances des deux catégories de classement héritées du passé, il semble indispensable de se tourner vers une approche reposant sur le recueil de données moins liées aux constructions socio-historiques telles que le niveau de revenu des familles et la profession exercée par le père. Pour cela, un questionnaire a été soumis aux élèves de deux classes de chacun des quatre lycées (sur un total de treize établissements) de la ville de Xichang, capitale de la Préfecture des Yi de Liangshan. Ces quatre établissements ont été choisis en raison du profil sociologique contrasté des élèves qui les fréquentent. C’est ce profil que nous décrirons succinctement avant de nous pencher sur quelques considérations relatives aux performances scolaires de ces élèves. Deux des établissements sont plut?t ouverts aux Han mais pas de manière exclusive. Les deux autres sont destinés aux minorités, ici presque exclusivement les Yi bien que l’un d’eux accueille également des élèves Han, d’ailleurs majoritaires dans nos deux classes. Outre une affectation ethnique assez souple dans la réalité, ces établissements diffèrent, nous le verrons, quant à la composition sociale de leur public et à la qualité scolaire des élèves qui les fréquentent, plus ou moins sélectionnés par le niveau de performance atteint à l’examen de fin de collège.


Le lycée Han urbainque nous désignerons ici par l’acronyme LHU est l'ancien institut datant du mandarinat (yanjing shuyuan), créé en 1894. En 1960, il est classé parmi les lycées clés(zhongdian zhongxue) de la province du Sichuan. Et en 2002, il est devenu un ? Lycée général exemplaire au niveau national ? (guojiaji shifanxing putong gaozhong). Il accueille, en 2011, 4 301 élèves avec 52 classes, donc en moyenne 82,7 élèves par classe. Il compte 275 enseignants et personnels. La plupart de ces enseignants sont qualifiés. Son profil est celui d’un établissement d’excellence caractérisé par une sélection sévère à l’entrée, tempérée cependant par la possibilité de compenser par l’aisance financière de la famille une insuffisance scolaire modérée.


Le lycée Han rural désigné par l’acronyme LHR dans nos enquêtes est un lycée qui accueille les lycéens venus de la campagne. Il a été créé en 1940, et compte actuellement 223 enseignants et personnels, dont 98% des enseignants possèdent le dipl?me requis. En 2012, 3 500 élèves sont scolarisés dans ce lycée. Sa sélectivité à l’entrée, nous le verrons, est bien moindre que précédemment.


L'établissement secondaire du minzu de Préfecture, identifié ici comme LMP, est un établissement comportant un pensionnat pour minzu (minzu jisuzhi xuexiao), affilié à la Préfecture de Liangshan. Dans l'objectif de réformer et de développer l'éducation des shaoshu minzu à Liangshan, le gouvernement de la Préfecture a décidé d’ouvrir en 1990 cet établissement caractérisé par une forte sélectivité à l’entrée. à sa création, il ne comptait que 92 élèves, 2 classes et 24 enseignants et personnels. En 2010, le nombre des personnes, tous minzu confondus, s'élève à 5 284 dont 3 414 sont des lycéens. L’établissement compte au total 77 classes avec 332 enseignants et personnels. De nombreux enseignants sont qualifiés. Depuis vingt ans, y ont été formés 13 276 collégiens et lycéens, et 85% des lycéens sont rentrés dans l'enseignement supérieur. Le principe d’y scolariser 76% d’élèves ruraux et 60% d’élèves issus des shaoshu minzu est apprécié par le responsable du Comité national des Affaires des groupes ethniques (Guojia minzu shiwu weiyuanhui). Principalement destiné aux Yi par principe, il accueille cependant un nombre important de Han ou d’élèves appartenant à de nombreux autres shaoshu minzu en très petit nombre ici comme les Hui, les Zang (Tibétains hors Tibet), les Mongols, les Bai, les Miao et les Buyi, etc. En 2009, le vice-responsable de la province du Sichuan a proposé à l'établissement de fournir mille lycéens par an à l'enseignement supérieur. Afin d'atteindre cet objectif, le gouvernement de la Préfecture doit apporter un soutien financier pour que mille lycéens d'excellence (Yi ou Han, ruraux ou citadins) puissent être scolarisés gratuitement et bénéficier en même temps d'une allocation sociale.


Enfin, l'établissement secondaire du minzu de ville, désigné sous l’acronyme LMV, créé en 1970 est le moins exigeant quant aux conditions de recrutement. Il est le seul établissement secondaire comportant un pensionnat clé pour minzu, (zhongdian minzu jisuzhi zhongxue), affilié à la ville de Xichang, ce qui signifie qu’il scolarise les meilleurs élèves pauvres des minzu. Les borgnes étant rois au royaume des aveugles, ces élèves aux faibles performances représentent malgré tout l’élite scolaire des minzu pauvres. L’établissement compte 116 enseignants et personnels ainsi que 2 823 élèves dont 654 lycéens répartis dans 12 classes et 2 169 collégiens dans 24 classes, et accueille principalement les élèves shaoshu minzu venus des 13 villages et faubourgs de Xichang où se concentrent les shaoshu minzu, dont la population s’élève à 143 800 personnes. Selon des statistiques partielles, 70% des personnels travaillant dans les bureaux administratifs et les établissements scolaires des 13 villages et faubourgs sont formés par l'établissement secondaire du minzu de ville. En septembre 2009, avec la permission du bureau de l'éducation de la Préfecture de Liangshan et l'accord du bureau de l'éducation des minzu attaché au bureau de l'éducation de la province du Sichuan, l'établissement secondaire du minzu de ville a commencé à ouvrir des classes sous le régime de l'enseignement bilingue de ? premier modèle ? (yilei moshi) et il a pu alors accueillir des élèves du premier modèle venus de huit régions administratives de la Préfecture comme la ville de Xichang, et des districts comme Dechang, Huili, Huidong, Puge, Ningnan, Yanyuan et Muli.


Politique de recrutement et performances scolaires des établissements

 

Les profils sociologiques des établissements ainsi dressés, tournons-nous vers l'analyse des résultats scolaires des examens de fin d'année 2011 passés par les lycéens appartenant à 4 des 13 établissements de la ville de Xichang. Il convient toutefois de préciser que les données brutes concernant les élèves dans leur singularité (niveau micro) ne sont pas disponibles et que pour les construire, il faut se contenter de données regroupées par classe ou par établissement (niveau macro). Notre texte est construit selon cette distinction.

 

En 2010, le nombre  maximum de points susceptibles d’être obtenus à cet examen s’élevait à 790 points. Le seuil d’admission fixé par chacun des lycées était de 575 points pour le lycée Han urbain et pour le lycée minzu de Préfecture, de 423 points pour le lycée Han rural et de 294 points pour le lycée minzu de ville. Sur les 10 180 élèves passant l’examen, le meilleur score a  été de 690 points et, parmi les candidats, seulement 2 529 sur l’ensemble des 13 lycées de la Préfecture ont réalisé un score égal ou supérieur à 500 points. Ce seuil n’est atteint que dans deux de nos lycées ? ayant placé la barre ? au-dessus de 500 points. En d’autres termes, la sélectivité des établissements est plus ou moins prononcée et seulement 24,8% des candidats ont eu la possibilité de fréquenter ces trois lycées d’élite ; les 75% restant étant condamnés à s’orienter vers des établissements moins exigeants et hiérarchisés par leur seuil de recrutement. Il est à noter cependant que la sélection par le mérite pratiquée par les meilleurs lycées est atténuée par la possibilité, sous certaines conditions, pour les familles dont les ressources le permettent, d’? acheter ? une place pour un élève n’atteignant pas le niveau de réussite.


Nous nous proposons ici d’étudier les écarts entre établissements à travers les moyennes obtenues dans nos quatre lycées en comparant les moyennes obtenues dans trois matières essentielles (chinois, maths, anglais) dans la filière littéraire et dans la filière scientifique. La hiérarchie est clairement établie dans les deux filières et pour toutes les disciplines (tableaux 1 et 2). Elle oppose deux établissements dont les moyennes sont supérieures, voire nettement supérieures, à la moyenne des 13 établissements, aux deux autres dont les performances sont inférieures, particulièrement en ce qui concerne le lycée minzu de ville. Ce constat n’est guère surprenant si l’on garde en mémoire les modalités de recrutement des établissements. L’abaissement des standards de recrutement pour donner leur chance à des élèves faibles ne permet pas leur réhabilitation scolaire. Un autre constat, plus surprenant, est celui de la supériorité du lycée minzu de préfecture sur le lycée Han urbain dont on pouvait attendre davantage en raison de la composition sociale de son public, dont une partie, celle des parents qui peuvent compenser financièrement la médiocrité relative de leur progéniture, est peut-être la source de ces performances plus modestes.


Il semble donc incontestable que les résultats aux examens ainsi que les seuils d’admission permettent de mettre en évidence les processus de sélection et de constitution d’établissements bien différenciés et hiérarchisés quant à la population scolaire qui les fréquente et dont les caractéristiques sociologiques sont sensiblement différentes. Cette pratique explicite d’homogénéisation des publics par le mérite scolaire lors du recrutement, établissement par établissement, est ici parfaitement explicite alors qu’elle est largement implicite dans de nombreux pays. Ce choix délibérément élitiste fait débat parmi les pédagogues qui s’opposent sur la question des groupes de niveau et de leurs avantages et inconvénients selon que l’on privilégie les intérêts de l’élite ou que l’on se penche sur le sort des plus faibles qui, sous certaines conditions, pourraient bénéficier d’une scolarisation plus positive rendue possible par le fait d’être tirés vers le haut par des condisciples plus performants. Cette approche en termes de hiérarchisation des établissements par une politique sélective de recrutement complète donc leur profil et permet d’anticiper sur les effets établissements en matière de réussite scolaire. Passer des caractéristiques générales d’un établissement aux situations individuelles est une autre étape que nous abordons ponctuellement par l’examen du profil des élèves de nos quatre classes sans toutefois disposer de données sur leur réussite individuelle. 

 

Profils sociologiques des élèves


Gardant à l’esprit la dichotomie opposant deux établissements moins performants et deux établissements plus performants que la moyenne, complétons cette présentation d’ensemble par une comparaison des caractéristiques sociologiques des publics d’élèves qui fréquentent les classes des établissementsoù s’est déroulée notre recherche, soit deux classes dans chacun d’eux. Leur population totale s’élève à 470 élèves dont 293 sont Han et 177 sont Yi. Le questionnaire distribué et rempli pendant le temps scolaire demandait de décliner la profession du père ainsi que le revenu annuel du foyer. étrangères au recueil et à la publication officielle des données statistiques habituelles en Chine, ces variables permettent, dans les pays où la sociologie a pignon sur rue, d’échapper aux effets néfastes des constructions socio-historiques que sont les catégories ethniques essentialisées et le hukou. Nous avons distingué cinq seuils de ressources présentés dans le tableau 3.


En ce qui concerne la profession exercée par le père, nous obtenons la distribution suivante après avoir écarté les 5 non-réponses relatives à cette modalité.


Globalement, les origines paysannes des élèves, Han ou Yi, sont très nettement majoritaires, mais davantage encore chez les Yi. à l’opposé, les pères de ces derniers sont plus souvent fonctionnaires, situation qui résultait jusqu’alors d’une mesure politique favorable aux minorités. Le chef de famille des élèves Han est plus souvent enseignant, employé ou commer?ant. La catégorisation administrative bipolaire par le hukou, associée à la catégorisation ethnique dans le domaine scolaire se reflète dans le mode de désignation des établissements (lycée Han urbain, lycée Han rural, lycée du minzu de préfecture, du minzu de ville) et comporte des limites qu’une catégorisation plus fine permet de relativiser. Penchons-nous pour cela sur les données recueillies auprès des élèves dans les tableaux 5 et 6.


Porosité ethnique des établissements

La lecture verticale (% en orange, colonne de droite) du tableau 5 permet de déterminer dans quelle mesure l’appartenance ethnique des élèves est conforme à la fréquentation attendue des établissements : 25% des élèves Han fréquentent le lycée minzu de préfecture alors que la présence des Yi dans les lycées Han urbain et Han rural est beaucoup plus discrète, le calcul des pourcentages étant de peu d’intérêt sur des effectifs aussi faibles. 


La présence de Han dans l’établissement Yi de préfecture, leur absence au lycée minzu de ville et la faible présence des Yi dans les établissements Han relativisent le recours aux catégories ethniques et suscitent la réflexion sur leur usage. La réalité scolaire est celle d’une relative mixité ethnique variable selon les établissements. Ce constat permet d’observer un décalage entre les dénominations administratives des établissements et la mixité ethnique effective qui amènent des Han à fréquenter le lycée minzu de préfecture et à quelques Yi de fréquenter le lycée Han rural ou le lycée Han urbain.


Du hukou à une lecture sociologique de la société


En tant que mode de classement administratif, le hukou est d’une utilité toute relative en raison de son caractère approximatif. La scolarisation dans les différents établissements a été étudiée ici en relation avec le niveau de revenu des familles et la profession du chef de famille.


Concernant les ressources familiales des élèves Han, la lecture horizontale du tableau 5 nous révèle que le lycée Han rural, relativement peu performant est celui recevant la proportion la plus importante d’élèves pauvres, voire très pauvres (33,3%). Cette proportion s’abaisse dans les deux lycées les plus renommés : lycée minzu de préfecture (31,5%) et lycée Han urbain (16%). L’ordre s’inverse pour les deux tranches de revenus les plus élevés. Quant aux élèves Yi, la part des familles pauvres (revenu inférieur à 5000 yuans) est la plus élevée au lycée Han rural (73,3%) ainsi qu’au lycée minzu de ville (62,5%). Elle n’est que de 44% au lycée minzu de préfecture, proportion assez éloignée des objectifs énoncés ci-dessus.


La lecture verticale du tableau 5 complète l’analyse. Lorsqu’ils sont pauvres les Han sont davantage présents au lycée Han rural (38,9%) qu’au lycée minzu de préfecture (31,9%) et au lycée Han urbain (29,2%). à l’inverse, lorsqu’ils sont issus de familles riches, ils fréquentent très majoritairement le lycée Han urbain de renom. Quant aux Yi pauvres, ils sont très majoritairement scolarisés (63,1%) au lycée minzu de ville et plus rarement au lycée minzu de préfecture. S’ils sont riches, ce qui est peu fréquent, 4 d’entre eux sur 7 fréquentent le lycée Han urbain.


De manière complémentaire au classement par tranches de revenus, nous avons opéré un classement selon la profession exercée par le chef de famille. Le premier constat est celui de l’écrasante présence des paysans dans notre échantillon (63,2% de l’ensemble). Ce groupe correspond approximativement au groupe désigné par un hukou rural. Quant aux autres groupes professionnels, il serait hasardeux de les regrouper sans précaution sous l’intitulé de hukou urbain en raison de la complexité de la situation évoquée plus haut.


La lecture horizontale du tableau 6 ci-après confirme que la très grande majorité des Han du lycée Han rural sont enfants de paysans et que leur part est bien moindre dans les deux autres établissements plus prestigieux, près de 48% des Han du lycée minzu de préfecture et environ 33% des Han du lycée Han urbain, bien qu’ils demeurent le groupe le mieux représenté dans ces derniers. Peu présents dans le lycée Han rural, les enfants d’enseignants, d’employés, de commer?ants ou de fonctionnaires sont essentiellement présents dans les deux meilleurs lycées. De même pour les Yi, la très grande majorité d’entre eux qui fréquentent le lycée Han rural et le lycée minzu de ville ont un père paysan. Cette proportion s’abaisse significativement au lycée minzu de préfecture ( n=26, 50%).


La lecture verticale du tableau 6 apporte un éclairage complémentaire. Seulement 46% des paysans Han fréquentent le lycée Han rural, les autres (près de 54%) se partagent entre les deux meilleurs lycées (lycée Han urbain 33% ; lycée minzu de préfecture environ 20%). Quand les pères sont enseignants, employés, commer?ants ou fonctionnaires, les élèves Han sont principalement scolarisés au lycée Han urbain et secondairement au lycée minzu de préfecture. Quant aux Yi, lorsque les pères sont paysans, ils fréquentent essentiellement le lycée minzu de ville (65%) et bien plus rarement le lycée minzu de préfecture (21%). Quand les pères Yi sont fonctionnaires, leurs enfants fréquentent principalement le lycée minzu de préfecture (n=16 ; 57%) ou le lycée minzu de ville (n=9 ; 32%).    


Conclusion

De l’ensemble de ces constats, on peut tirer trois conclusions principales. En premier lieu, d’un point de vue comparatif, lorsque l’on a recours à des catégories de classement qui ont cours ailleurs, l’école chinoise, telle qu’elle est appréhendée à travers notre recherche, obéit aux mêmes principes de fonctionnement que ceux mis en ?uvre dans bien d’autres pays où se pratique l’orientation des élèves dans les différents types d’établissements secondaires hiérarchisés selon l’excellence scolaire de leurs publics. Les critères présidant à cette hiérarchisation sont plus ou moins explicites. Nombreuses sont les recherches menées sur ce sujet, notamment en France avec les travaux de la sociologie critique. Le palmarès des établissements, plus ou moins clandestin ou prohibé dans le discours officiel en France, est parfaitement explicite en Chine où il exprime la culture de la concurrence sans merci dans ce pays.


En second lieu, le lien établi par la sociologie de l’éducation entre les caractéristiques sociologiques de ces publics (revenu, profession des parents) et la fréquentation de ces établissements hiérarchisés confirme, à propos de la Chine, les analyses des dernières décennies concernant la sociologie de la reproduction et des réseaux de scolarisation, en Chine comme ailleurs.


Enfin, destiné à tempérer les effets du fonctionnement d’un système impitoyable, le principe évoqué plus haut de scolariser dans le lycée minzu de préfecture 76% d’élèves ruraux et 60% d’élèves issus des minzu, c'est-à-dire la population la plus fragile et la plus défavorisée, s’inspire, avec des nuances plus ou moins importantes dans la mise en ?uvre, de la philosophie propre aux politiques de discrimination positive par quota en vue d’une meilleure égalité des chances ou de dispositifs spécifiques adoptés dans différents pays et notamment en France pour assurer une ouverture sociale aux formations supérieures prenant parfois la forme de la promotion de la ? diversité ?. Mehdi Thomas Allal en distingue trois principales formes : ? 1) L'école de l'ESSEC… donne l'opportunité (en 2002) aux lycéens de suivre des tutorats et de participer à des "sorties culturelles" organisées par les étudiants. 2) La création d'une voie parallèle pour l'entrée dans une grande école constitue le deuxième type de méthode utilisée. Sciences Po a ainsi instauré en 2001 le programme des Conventions d'éducation prioritaire (CEP), une voie spécifique hors concours pour les meilleurs élèves des lycées de ZEP. 3) Il existe enfin un troisième type de "discrimination positive" : la création d'une formation spécifique, dédiée à certains élèves recrutés sur critères sociaux comme au lycée Henri IV où une classe préparatoire spécifique (CPES) durant un an permettait aux élèves méritants provenant de milieux sociaux défavorisés de maximiser leurs chances de succès aux concours d'entrée dans les grandes écoles, on peut également citer l'exemple de l'ENA qui a mis en place une classe préparatoire intégrée (CP'ENA), à l'instar d'autres écoles du service public, pour amener une quinzaine de jeunes chaque année à décrocher les plus hauts concours de la fonction publique ? (Blog Mehdi Thomas Allal, 2013).


Dans le cadre de notre recherche, ce principe semble n’avoir qu’une portée limitée par rapport aux objectifs déclarés dans la mesure où seulement 21% des élèves Yi enfants de paysans de nos classes fréquentent le lycée minzu de préfecture ainsi que près de 32% des enfants de paysans Han. 


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